La théorie polyvagale et thérapie de couple à l'espace des Liens
- vaccarivtherapeute
- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Cultiver les connexions pour tisser le lien entre relation et sécurité expliqué avec la théorie polyvagale
A l'espace des Liens, Emma accueille des couples et des adultes en accompagnement individuel. Comme chaque membre du cabinet, sa pratique s'est enrichie de l'intégration de la théorie polyvagale. Ce texte vous présente comment elle a cheminé dans ses accompagnements des couples. Bonne lecture
La théorie polyvagale (TPV) à laquelle j’ai pris énormément de plaisir à me former, établit un
lien fondamental entre notre physiologie, c’est-à-dire notre corps et ses états internes, et nos manifestations psychiques et comportementales.
Là où les approches classiques tendent à expliquer nos conduites à partir de la cognition, Stephen W. Porges met en évidence que nos comportements sont d’abord largement déterminés par notre état physiologique.
Plus précisément, cette théorie met au premier plan le rôle du système nerveux autonome (SNA), dont le niveau d’activation est étroitement lié au sentiment de sécurité perçu par l’organisme. Une régulation adaptée de ce système permet une flexibilité dans le passage entre différents états physiologiques au cours d’une même journée.
À l’inverse, en situation d’insécurité (réelle ou perçue/imaginée), notre organisme tend à activer des réponses automatiques, constituant une forme de « mode par défaut » qui s’impose à nous sans que nous en ayons nécessairement conscience.
Ainsi, la perception de sécurité devient un élément central. Elle influence directement notremanière de percevoir le monde, d’entrer en relation et d’agir. La théorie polyvagale éclairenon seulement les réactions face à la menace (attaque, fuite, figement), mais également lesconditions nécessaires à l’engagement social, permettant de se reconnecter à soi et aux autres.
J’ai eu la chance de me former à la théorie polyvagale et de l’intégrer à ma pratique en faisant multiples liens avec les différentes approches thérapeutiques telles la systémie, la thérapie des schémas qui constituent mon approche thérapeutique.
Je vais tenter de vous présenter comment et en quoi la TPV est aujourd’hui pour moi indissociable de ces approches et en quoi elle me semble indispensable à mes interventions.
1. Introduire la théorie polyvagale dans la relation dite thérapeutique(psychoéducation)
Dans ma pratique, la théorie polyvagale constitue un support essentiel de psychoéducation.
Elle permet de rendre accessibles des processus complexes liés au fonctionnement du SNA, notamment en lien avec les expériences précoces d’attachement et les psychotraumatismes.
Nous pouvons ainsi faire des liens avec ce que nous avons vécu et l’impact sur notre SNA.
Les perturbations du développement du système nerveux autonome peuvent entraîner des formes de dérégulation (hyperactivation ou hypoactivation) qui impactent directement les relations au sein des différents systèmes de vie (couple, famille, travail etc).
J’observe lors des thérapies de couple ou familiale que ces difficultés sont particulièrement saillantes dans lescontextes où le système d’attachement est engagé.
En thérapie, via des schémas, des vignettes vidéo, la proposition de lectures accessibles, je m’emploie à tenter la vulgarisation de ces mécanismes afin de permettre aux personnes de mieux comprendre leurs réactions et celles des autres, de les décorréler de quelconque morale ou intentionnalité.
Elles peuvent alors plus facilement faire des liens entre leurs réactions physiologiques et leurs comportements, leurs difficultés relationnelles sans se laisser entraîner dans une spirale sans fin de culpabilité, de dégradation de l’estime de soi … qui alimentent à leur tour l’insécurité interne et par la mêmede dérégulation du SNA…
En permettant à la personne de comprendre ce qui se passe en elle, nous pouvons engager un travail de régulation où la conceptualisation permet à mon sens à chacun de s’engager activement dans une démarche où on ne parle pas de croyance mais de science, où la subjectivité laisse place à l’objectivité.
2. L’expérience de la co-régulation au sein de l’espace thérapeutique:apport de théorie polyvagale
Un des apports majeurs de la théorie polyvagale réside dans l’importance accordée à la co-
régulation. Avant même de pouvoir se réguler seul, chacun a besoin d’expérimenter une
régulation partagée, au sein de la relation thérapeutique.
La voie vagale ventrale du nerf vague, associée à l’engagement social, correspond à un état de sécurité dans lequel la personne peut se sentir contenue, accueillie et libre d’être elle-même.
Cet état peut être décrit comme une expérience de chaleur relationnelle : se sentir en sécurité, soutenu, libre de partager, de se rapprocher ou de s’éloigner. Dans ce cadre, le thérapeute devient un véritable partenaire de régulation.
Par sa présence, son ton de voix, sa posture et sa capacité d’ajustement, il offre au patient une expérience vécue de sécurité, préalable indispensable au développement de compétences d’autorégulation.
Je n’ai pas attendu d’être formée à la théorie polyvagale pour être convaincue que
l’engagement du thérapeute par sa présence constante à l’autre, son écoute, sa bienveillance mais aussi ses interventions actives, ses éclairages… sont indispensables à la thérapie.
La TPV m’a sans doute cependant apporté une meilleure attention à l’activation de mon propre système nerveux autonome durant les séances. Cette meilleure attention me permet de pouvoir moi aussi explorer et exprimer mes activations et de sortir quand c’est nécessaire ma boîte à outils pour me réguler et maintenir ainsi une présence thérapeutique ajustée et régulée, indispensable à la co-régulation.
3. La mentalisation versus dynamiques systémiques
Dans le cadre des thérapies de couple et de famille, la théorie polyvagale enrichit à mon sens considérablement les capacités de mentalisation des patients.
Les apports psychoéducatifs évoqués plus haut, permettent aux membres du système de mieux comprendre les réactions des autres, non plus uniquement en termes intentionnels ou moraux, mais comme l’expression d’un état du système nerveux autonome. Ce changement de perspective transforme les interactions : au lieu de réagir en miroir dans des dynamiques d’escalade, les personnes peuvent ainsi reconnaître les signes de dérégulation chez l’autre et ajuster leur réponse.
J’encourage par exemple les personnes à utiliser des signaux non verbaux simples pour
indiquer leur état de dérégulation (comme un geste (main ouverte pouce replié) inspiré du
modèle du « cerveau dans la main » développé par Daniel J. Siegel) comme un panneau
STOP : non pas un stop de refus de la relation mais un stop au service de la régulation.
Ces outils facilitent au départ la communication en situation de tension et permettent d’introduire un temps de régulation ou de co-régulation et prévenir ainsi la répétition du conflit ou de l’évitement. Chacun peut ainsi plus facilement identifier la dérégulation du SNA de l’autre et lui laisser le temps de la régulation pour pouvoir reprendre ensuite le cours d’une communication ajustée.
4. Outils de régulation et élargissement de la fenêtre de tolérance
J’inclus également dans mon approche thérapeutique l’exploration d’outils concrets de
régulation. Ceux-ci visent à aider les personnes à mieux naviguer entre différents états
physiologiques, mais aussi à élargir leur « fenêtre de tolérance ».
Ces outils peuvent soutenir :
le passage d’états de sidération ou de dissociation vers des états plus mobilisés,
la sortie de réponses de fuite ou de combat,
le retour à un état d’engagement social.
Nous pouvons parfois les expérimenter en séance mais aussi permettre à chacun de les
expérimenter entre les séances, en favorisant une appropriation et une adaptation progressive au fil des séances.
Pour conclure
L’intégration de la théorie polyvagale, même dans une version volontairement vulgarisée,
constitue aujourd’hui un appui essentiel dans ma pratique de thérapeute systémique, en
particulier dans les thérapies de couple et de famille.
Elle permet d’une part de repenser la place du thérapeute, qui s’il est lui-même régulé propose un engagement dans la co-régulation, une condition de la sécurité du cadre thérapeutique.
D’autre part, elle favorise le développement de l’autonomie des personnes, en renforçant leurs capacités d’autorégulation, leurs compétences relationnelles.
En offrant une grille de lecture accessible des états internes, elle soutient également les
capacités de mentalisation de l’état de l’autre et ouvre la voie à des interactions plus ajustées, fondées sur une compréhension fine des dynamiques physiologiques sous-jacentes dans la relation.
Aussi, la régulation de notre Système Nerveux Autonome à un impact non négligeable sur notre santé physique. Nous sommes donc gagnant à ce titre à apprendre à mieux se réguler et sortir ainsi d’états de stress chronique délétères à notre santé.
En écrivant ces quelques lignes, je me suis laissée à penser que, sans doute, la théorie
polyvagale, parce qu’elle a et qu’elle est de scientifique, renforce ma propre sécurité interne au service notamment de ma pratique.
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